Vous êtes ici

Investissements pour les aîné-e-s et les aidants naturels: trop peu trop tard?

Ce printemps le gouvernement Charest a annoncé qu’il prévoyait investir 2 millions par an pour les proches aidants de même que 150 millions cette année et 200 millions les années subséquentes dans les services aux aîné-e-s. C’est avec grand intérêt que le comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Sainte-Charles a accueilli ces nouvelles, d’autant plus que ce comité citoyen travaille entre autres sur la question des soins aux aîné-e-s et que les montants annoncés incluent 50 millions pour les soins à domicile.

Pour certains, ces annonces représentent un pas dans la bonne direction, car le gouvernement reconnaît au moins qu’il y a là une situation qu’il faut redresser. Or, pour le comité de lutte en santé, elles soulèvent plusieurs enjeux troublants et sont beaucoup moins intéressantes qu’à première vue. 

D’abord il faut souligner que les 50 millions $ destinés aux soins à domicile sont très loin de ce qui est nécessaire pour assurer le soutien des aîné-e-s dans la communauté. Car selon sa propre étude, le gouvernement estime qu’il faudrait investir entre 300 et 500 millions pour répondre aux besoins actuels[1]. N’oublions pas que le service de soutien à domicile québécois demeure l’un des plus sous-financé au pays (9ème rang au Canada).

Et ce n’est pas les 2 millions supplémentaires aux proches aidants qui feront une grande différence.

« On a déjà entendu, en 2008, l’annonce de 80 millions par année pour cinq ans pour ce type de soins, mais seulement le premier 80 millions a été versé. Est-ce qu’on risque de répéter ce scénario une fois de plus ? » s’exclame Valérie Fleurent, intervenante sociale au soutien à domicile et membre du comité de lutte.   

« Et d’où va venir l’argent qui va financer ces services? De la fameuse « contribution santé ». Cette taxe injuste et régressive qui va grimper à 200$ par adulte en 2012, que tu gagnes 17 000$ ou 117 000$! », ajoute Donald Nolet, membre du comité et vice-président du CA de la Clinique.

« Cela porte directement atteinte à notre système public de santé. Avec cette annonce, la privatisation de notre système de santé se poursuit, puisqu’à partir de l’année prochaine 81 des 200 millions seront consacrés à la création de Ressources Intermédiaires privées. Établissements où les employé-e-s sous-payé-e-s ont un taux de roulement important et où l’on retrouve pour certains usager-e-s, une qualité de service questionnable » renchérit Valérie Fleurent.

En conclusion, pour le comité de lutte de la Clinique, le gouvernement Charest lance un message clair. Il préfère sous-financer le système de santé public afin de faire paraître le recours au privé nécessaire. Or, comme le montrent de nombreux exemples à l’étranger, pour préserver l’accessibilité et l’efficacité de notre système de santé, il faut continuer de revendiquer un système entièrement public. Cela est possible avec des mesures simples comme un financement basé sur l’imposition progressive et un meilleur contrôle du prix des médicaments avec un régime d’assurance-médicaments entièrement public. 

Notre société est loin de manquer d’expertise et de ressources. On peut soigner nos aîné-e-s dans la dignité et le respect. Faisons-le !

 

Renseignements :

John Bradley, organisateur communautaire,

pour le comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles

Bureau : 514-937-9250 poste 7279

http://ccpsc.qc.ca/luttesante

 

Source : Comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, Communiqué de presse, 7 juin 2011.

 

 

[1] «Québec investit 150 millions pour les soins des aîné-e-s », La Presse, 3 mars 2011.