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Transformons Bonaventure pour une mobilité et un aménagement vraiment durables !

Le 27 septembre dernier, près de 500 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal pour dénoncer l’inaction de nos élu.e.s face aux changements climatiques et exiger davantage d’efforts de la part des différents paliers de gouvernement pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, selon l’Inventaire québécois des émissions de GES[1] en 2016, c’est encore le secteur du transport qui est le plus grand producteur de GES au Québec (43 % des émissions), dont le transport routier (80 % des émissions du secteur), et cette tendance n’est pas en voie de ralentir.

Pour atteindre leurs objectifs en matière de réduction de GES (55 % d’ici 2030[2] selon les nouvelles déclarations de la mairesse Plante), le gouvernement fédéral et la Ville de Montréal devront redoubler d’efforts et réduire la place de l’automobile en milieu urbain tout en facilitant les autres modes de déplacement en transport actif et collectif. Ainsi, tout projet d’infrastructure de transport en cours de planification dans la grande région métropolitaine devra y contribuer.

Transformer l’autoroute Bonaventure : une occasion à ne pas manquer

Le réaménagement de l’autoroute Bonaventure, dans le secteur de planification stratégique Bridge-Bonaventure, offre une opportunité unique de corriger des problèmes de circulation de transit en zone résidentielle, d’améliorer les conditions de vie et de déplacement des résident.e.s de Pointe-Saint-Charles et des quartiers environnants, et de redonner le fleuve aux Montréalais.e.s. Ce projet représente également l’occasion d’améliorer la desserte en transport collectif et actif et de limiter l’usage de l’auto-solo; il faut la saisir !

Dernièrement, la Société des Ponts Jacques Cartier et Champlain (PJCCI)[3] a proposé la transformation en boulevard urbain de l’autoroute Bonaventure, dans le Parc d’entreprises de la Pointe-Saint-Charles (PEPSC) – une intention louable. Toutefois ce projet mérite d’être révisé pour répondre aux besoins en mobilité durable. Le boulevard proposé comporte six voies (soit le même nombre qu’actuellement) et est à peine décalé du bord du fleuve ce qui ne réduit aucunement la capacité ni la place de l’automobile à Montréal. On est plus près d’une autoroute déguisée que d’un vrai boulevard urbain contemporain!

Malheureusement, le projet écarte complètement la proposition innovante de la Société du Havre[4] en 2006 et de la Ville de Montréal avant elle (2003) à l’effet de déplacer l’axe Bonaventure au nord du PEPSC, dans l’emprise de la rue Marc Cantin. Cette vision permettrait de libérer pleinement le front de fleuve et de désenclaver le Parc d’entreprises, tout en concentrant les grandes infrastructures de transport au nord du secteur.

De plus, la proposition de la PJCCI ne prévoit aucune connexion entre le boulevard Bonaventure et le pont Victoria pour réduire significativement la circulation de transit dans les rues résidentielles du secteur et les enjeux de congestion et de sécurité routière qui y sont associés. C’est un non-sens alors que, quotidiennement, le quartier est pris d’assaut par 25 000 véhicules en provenance ou à destination du pont Victoria.

Excès de vitesse de la Société des ponts

Alors que les consultations de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur l’avenir du secteur Bridge-Bonaventure sont en cours, nous nous inquiétons du fait que la PJCCI soit déjà allée en appel d’offres public[5] afin de réaliser des plans et devis préliminaires sur la base d’un scénario qui ne fait pas consensus.

Il est essentiel que le scénario retenu de réaménagement de l’autoroute Bonaventure soit le meilleur, en termes de mobilité durable et de réduction des GES. La reconfiguration des infrastructures de transport, tous paliers confondus, doit être planifiée de façon concertée et selon une vision globale de réduction du transit en zone habitée et de l’auto-solo, de création de milieux de vie résilients face à la crise climatique et d’amélioration des conditions de déplacement et de santé de la population environnante.

Par conséquent, nous enjoignons le futur gouvernement fédéral et la Ville de Montréal à intervenir pour éviter la réalisation d’un dispendieux projet routier qui ne répondrait ni aux erreurs du passé ni aux défis de notre temps. Nous souhaitons que la PJCCI mette son projet en suspens jusqu’à ce que l’OCPM ait publié ses recommandations pour qu’elles puissent être prises en compte.

Signataires

Cédric Glorioso-Deraiche, Action-Gardien la Corporation de développement communautaire (CDC) de Pointe-Saint-Charles

Julie Langlois, Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles

Charles Bergeron, Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal)

Pierre Riley, Centre des aînés de Pointe-Saint-Charles

Nathacha Alexandroff, Société d’histoire de Pointe-Saint-Charles

Suzanne Lareau, Vélo-Québec

 


[1] Les émissions de GES sont exprimées en millions de tonnes en équivalent dioxyde de carbone (Mt éq. CO2). Ce rapport est disponible à l’adresse suivante: http://www.environnement.gouv.qc.ca/
changements/ges/2016/inventaire1990-2016.pdf

[2] À ce sujet, voir l’article du quotidien La Presse du 23 septembre et disponible à l’adresse suivante : https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201909/23/01-5242430-montreal-veut-reduire-ses-emissions-de-ges-de-55-dici-2030.php

[3] La proposition d’aménagement de l’autoroute Bonaventure est disponible sur le site internet de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dans le cadre des consultations sur l’avenir du secteur Bridge-Bonaventure : http://ocpm.qc.ca/sites/ocpm.qc.ca/files/pdf/P103/5-4-1_bonaventure_flyer_
ocpm-compresse.pdf

[4] Le rapport final et les recommandations sont disponibles sur le site de l’OCPM à l’adresse suivante : http://ocpm.qc.ca/sites/ocpm.qc.ca/files/pdf/P42/3b4.pdf

[5] Un appel d’offres (#62643) a été déposé sur le site des services d’appels d’offres en ligne (www.merx.com) afin de réaliser « les études d’avant-projets sommaire et détaillé portant sur la première phase des travaux prévus être exécutés au cours des années 2022 à 2026 et visant le réaménagement de la partie fédérale de l’autoroute Bonaventure ». Malheureusement, au moment d’écrire ces lignes, cet appel d’offres n’était plus disponible en ligne.