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Entrevue avec Élisabeth Hinton, infirmière à la Clinique et globe-trotter humanitaire!

Peux-tu nous parler de ce que tu as vécu dans tes missions ?

En 2000, j’ai terminé mes études en soins infirmiers et depuis ce temps là je fais des missions soit comme bénévole avec de petits organismes, des universités ou bien avec des ONG mieux connus comme Médecins du Monde, la Croix Rouge et Médecins Sans Frontières.

Mes plus récentes missions :
Sierra Leone en 2014. Jai travaillé dans un centre de traitement d’Ébola. Mon rôle était de supporter les équipes d’infirmiers de la Croix-Rouge locale dans les techniques de soins ainsi qu’en soignant directement les patients avec l’Ebola. Je n’oublierais jamais le garçon que j’ai trouvé mort sur les roches le matin en arrivant au centre de traitement et les gens qu’on aurait pu sauver, mais que les ressources étaient trop loin de la périphérie où j’étais.  

Népal en 2015, post-séisme.  Je travaillais dans les communautés affectées de Dhunche à faire de la prévention contre la propagation des maladies contagieuses, et de l’enseignement des premiers soins aux élèves dans des écoles primaires. J’ai fait aussi beaucoup de travail avec les déplacés internes. Ici, ce sont les femmes battues et les enfants victimes de violence domestique qui m’ont touché.

République Centreafricaine.  J’étais coordonnatrice des activités infirmières à l’hôpital et d’une campagne de vaccination en périphérie. J’offrais des formations continues et du support pour les infirmiers. Ici, on comptait les seringues, parfois chaque département avait un quota du nombre qu’il pouvait commander chaque semaine, car le transport des biens médicaux était limité. Le pays était en guerre civile et dans un état volatile, instable. Les enfants se faisaient chasser de l’école par les rebelles; ils courraient jusqu’à la maison; personne n’était blessé, mais tout le monde avait peur. Les jeunes soldats consommaient le Tramadol, importé du Tchad ou du sud Soudan.

La méditerranée : J’étais infirmière auprès des migrants qu’on sauvait de la mer. J’offrais des soins de santé physique et mentale à des personnes tellement vulnérables. On a fait ce qu’on pouvait pour eux sur le bateau, mais rendu en Europe, on ne peut que deviner leur future. Je demeure inquiète pour eux et reste avec un grand désir d’être là pour les accompagner dans leur intégration en Europe. Ces gens ont connu l’esclavagisme des années 1400 en cette période moderne, en ayant passé par le Liban (l’enfer). Les femmes ont connu le viol, souvent à répétition. Tous ont été battus parce qu’ils sont noirs.

Haïti.  Je faisais de la santé publique, par exemple, je  faisais de collecte de statistiques sur les maladies rencontrées  lors de nos cliniques mobiles que je rapportais au ministère de la santé; je faisais aussi la liaison entre la Croix-Rouge et le ministère, ainsi que d’autres acteurs (les cliniques locales, les hôpitaux régionaux, d’autres ONG). J’aidais aussi lors de nos cliniques mobiles dans des régions où l’infrastructure était détruite ou l’accès pour les populations était difficile (les chemins étaient cahoteux, bouetteux, risqués sur le bord de falaises…). Je faisais de la formation aux bénévoles sur les messages de prévention au niveau des maladies contagieuses, détection de la malnutrition chez les enfants, support aux infirmiers à la pharmacie et auprès des patients.

Kurdistan.  Coordonnatrice des activités infirmières à l’hôpital et au site pour des déplacés internes, ainsi que superviseur des activités en périphérie. Je donnais des formations continues, m’occupait du personnel, faisait leurs horaires, leurs évaluations, la commande de matériel et de médicaments de la pharmacie pour le stock dans les départements de soins, organisation des activités hospitalières.  Les populations de locaux, des déplacés internes ainsi que des réfugiés syriens m’ont touché profondément. Leur désespoir, leur humanité, leur souffrance aiguë m’ont touché directement au centre de mon âme, je ne pourrai jamais les oublier.

Qu’est-ce qui t’a le plus touché au court de tes missions?

Ce qui m’a le plus touché, ce sont les moments où quelqu’un en aidait un autre. Je l’ai vu tellement souvent en mission; une personne aide un inconnu. C’est ça qu’on doit comprendre,
que l’autre a des sentiments comme soi et souffre comme n’importe qui peut souffrir. On a besoin de notre communauté, grande ou petite.

Après tout cela, pourquoi as-tu choisi de travailler à la Clinique?

J’arrivais de 3 ans au Mozambique où je faisais des soins à domicile. Ma réalité pendant ces trois années-là était tout autre que celle que j’avais vécue en travaillant dans des hôpitaux au Québec. Je cherchais un milieu qui ressemblait du moins un peu à ce que j’ai connu au Mozambique.  J’avais déjà travaillé pour la Clinique dans le passé, via une agence, et ça m’avait plu; la pauvreté de la population, la variété, et l’approche communautaire où l’on est si proche de la communauté que l’on connait les habitants par leurs noms!
En fait, peu de temps après mon embauche à la Clinique, j’étais chez une dame qui partageait sa chambre avec sa petite fille et habitait le modeste logement de ses enfants. J’étais à genoux à côté de son lit en train de faire un pansement avec une main et de chasser des mouches avec l’autre; la lumière du jour était la seule qui éclairait la petite pièce sombre. Je me sentais tellement à l’aise et dans mon élément, que je me suis dit que je ne quitterai pas Pointe-Saint-Charles.    

Un message que tu veux nous transmettre?

Je n’ai pas de grande sagesse comme  Gandhi ou Nelson Mandela, mais j’ai vu et entendu que lorsque la famille, les amis,  et/ou  la communauté aident et supportent celui qui souffre, ce dernier réussit à se sentir mieux. Quand l’âme est triste ou blessée, c’est d’autres âmes qui peuvent l’aider. C’est la communauté. Comment est ce qu’une personne ayant vu autant de violence et de meurtres autour d’elle peut vouloir donner en travaillant pour Médecins sans frontière, par exemple? Les gens dans ces situations me disent que c’est parce qu’ils avaient le support, l’écoute et l’encouragement de leur famille, de leurs amis et de leur communauté. Si on laisse les gens blessés, ils blesseront les autres ou bien eux-mêmes encore. Ait la compassion pour l’autre, aide l’autre; les enfants apprendront à faire pareil et l’on créera un monde meilleur, j’espère.